Le record aux échecs, Carlsen – Nepomniachtchi 2021

Photo tirée du magazine espagnol Marca.

Le championnat du monde d’échecs est terminé, Magnus Carlsen l’emporte sur Ian Nepomniachtchi avec un écart de points qui n’avait jamais été vu auparavant dans l’histoire de cette compétition telle qu’on la connaît. Des records comme celui-ci, dans le monde des échecs, il y en a eu plein. Nous avons entendu les audiences de Blitzstream et Chess.com, puis la grande hype des échecs sur laquelle nous surfons depuis Le Jeu De La Dame et qui a trouvé son apogée derrière Maxime Vachier-Lagrave et les candidats en pleine pandémie mondiale, à été consacrée par les chiffres de la plate-forme Twitch :

         En un an, la croissance enregistrée dans la branche échecs est de 255% et augmente encore, grâce à vous. Les échecs numéro 1 sur Twitch ? Je fais parti des 250% à avoir débuté les échecs cette année, et il est statistiquement fort probable que ça soit le cas également pour vous, lecteurs.

Les échecs, une addiction de plus, me direz-vous.

Oui, mais la plus intelligente, vous répondrais-je.

         Revenons-en à notre article. Nous parlions champion du monde, et records, et bien comme vous le savez surement le record de la plus longue partie jouée est tombé. En effet, lors de la Game 6, Magnus presse le duel avec les blancs. Après huit heures d’une pression phénoménale, le russe Ian Nepomniachtchi abandonne au 136e coup, craquant sous la pression de la partie qui aujourd’hui, résume le mieux l’affrontement. Le challenger n’a plus jamais été en mesure de faire face, et le champion reste champion. « Faites-mieux » à lancé Magnus Carlsen alors que la presse et les critiques blâmaient Nepomniachtchi. Aussi solide et inventif qu’il est, et après avoir brillamment mené les candidats face à un Maxime Vachier-Lagrave, un brin malchanceux. Le challenger russe n’a pas supporté la pression de ce duel au sommet, ce que le champion a confirmé, Magnus lui-même avait été fébrile, lors des deux premières parties de son premier titre, face à Anand en 2013. Si certains avaient pu douter du champion du monde ces derniers temps, après le tournoi de Wijk aan Zee de janvier 2021, la coupe du monde où il termine 3e. Après avoir éliminé Etienne Bacrot, président du Bakistan, le champion à été sorti par un Duda impérial.

         Depuis il y a eu des déclarations, Vladimir Poutine veut qu’un russe batte Magnus, de son côté Magnus s’ennuie, et il insinue qu’il pourrait envisager d’abdiquer de son titre, sauf si c’était Alireza Firouzja qui se présentait. Le champion aurait-il oublié de réclamer notre MVL ? Il est vrai que les ordinateurs ont rendus un peu terne les couleurs de la créativité humaine aux échecs. C’est pourquoi Magnus, inspiré de ses rêves et d’Alphazero, souhaite se concentrer et être le premier à dépasser les 2900 élo. L’ambition du champion est noble.

         Afin d’illustrer cette partie 6, de Carlsen – Nepomniachtchi, il faut que je vous en place le contexte. Nous avions déjà vu dans le premier de mes articles, disponible ici. Prendre le contrôle du centre avec les blancs par 1. D4 est solide, mais les noirs ont des ressources.

La catalane

Voici l’ouverture catalane, vous l’aurez deviné, c’est sur ce thème que Magnus Carlsen a choisi d’ouvrir la partie. « Un gambit dame refusé avec le fou blanc du roi en fianchetto […] où le conflit de pions est obligatoire » disent Raïetsky et Tchétverik dans un livre «  Jouer et gagner la partie catalane » paru en 2010, livre que je peine a trouver en français, mais dont les versions anglaises sont monnaie courante. Sur ce diagramme, le plan est simple, on en distingue les possibilités au premier coup d’œil. Pourtant la théorie y est compliquée, vaste mais très tranchante. C’est un début solide pour des blancs qui souhaitent mener une invective sûre, il existe deux grandes branche principales, suivant si la catalane est ouverte ou fermée.

         Tout d’abord, la catalane : 1.d4 d5, 2.c4 e6, 3.Cf3 Cf6, et 4.g3 !

Pour la catalane ouverte : 4.g3 dxc4. Comme dans le gambit dame accepté, les noirs réagissent avec ce coup, cependant les noirs ne peuvent pas pousser 5.e4 car le Cc3 n’est pas présent, et notre fou prévu en fianchetto ne récupèrera pas ce pion. 5.Fg2, les blancs ignorent la prise des noirs, et se concentre sur son développement naturel. Ici les noirs ont donc la possibilité de jouer 5….a6 car les blancs ne veulent pas du pion, ils souhaiteraient pouvoir s’accrocher a ce pion en jouant b5. Après 5…a6, les blancs roquent, 6….Cc6 pour éviter un Ce5 gênant. Si au contraire après 1.d4 d5, 2.c4 e6, 3.Cf3 Cf6, 4.g3 dxc4, 5.Fg2 les noirs choisissent 5….Fe7, 6.00 00, la catalane ouverte se poursuit par 7.Dc2. Attaque c4 d’une menace directe, si les noirs veulent se battre pour cette diagonale, alors ils vont devoir jouer a6 et se préparer a gagner un temps sur la dame avec b5, afin d’avoir le temps de jouer un Fb7 guerrier. Voilà, c’est ça une catalane ouverte, dans l’idéal bien sûr.

Pour ce qui est de la catalane fermée en revanche, c’est autre chose : 1.d4 d5, 2.c4 e6, 3.Cf3 Cf6, 4.g3 Fe7, 5.Fg2 00, 6.00 c6 ! Les noirs affichent clairement leur intention de ne pas ouvrir la position, et ils bloquent l’oppressante diagonale du fou avec un coup solide, car c’est une structure-type de la défense semi-slave.

Ici j’adore la position après 7.Cc3 b6 ( pour Fb7 ), le coup 8.b3 venant solidifier c4 et permettre d’emprunter à la Réti son Fb2. Puis après 8…Fa6 les blancs déploient un 9.Cd2 soutenant c4 tout en préparant la poussée e4 libératrice.

C’est une ligne intéressante, mais l’idéal reste de suivre la grande ligne, avec encore une fois, comme dans beaucoup de systèmes similaires, Dc2 : 1.d4 d5, 2.c4 e6, 3.Cf3 Cf6, 4.g3 Fe7, 5.Fg2 00,6.00 c6 et 7.Dc2.

Puis ensuite les plans avec Cd2, e4 ect…

Carlsen – Nepomniachtchi, Game 6.

La partie s’est terminée à minuit dix-sept, heure de Dubaï, après sept heures et 47 minutes et 136 coups que voici :

Après 1.d4 Cf6, 2.Cf3 d5, 3.g3 e6, 4.Fg2 Fe7, 5.00 00, 6.b3 c5, 7.dxc5 Fxd5, 8.c4. Un ordre de coups intelligent, une ligne rarement jouée que choisis Magnus, c’est tout l’art d’un match de jouer des sous-lignes d’une grande variante afin d’installer un jeu qui peut surprendre l’adversaire. Ensuite Nepo prend en c4, Cbd2 Cc6, Cxc4 b5 ! J’espère que vous avez apprécié les complications de cette partie. Magnus Carlsen a pris le risque de jouer une ligne moins bonne qu’il maitrisait bien, le contre-jeu du challenger russe était prometteur, et le duel à pris la tournure que l’on connaît.

Le précédent record, détenu par Kortchnoï et Karpov. Sur le thème de la défense Nimzo-indienne, Hübner Rubinstein

Le précédent record de durée en championnat du monde était de 124 coups, lors de la rencontre entre Anatoli Karpov et Viktor Kortchnoï en 1978. Le combat s’était déroulé sur une magnifique défense Nimzo-indienne variante Hübner, variation Rubinstein, dans laquelle Karpov a choisi de poursuivre par 5. … d5. Vous vous souvenez de mon deuxième article ? Disponible ici.
J’y évoque un point important. En effet la partie catalane permet d’éviter la Nimzo-indienne car elle ne joue pas Cc3, via des variantes ressemblant à la Réti ou à la Bogo-indienne. Mais cette partie-ci s’est déroulée justement sur ce thème. Que ce passe-t-il si les blancs jouaient Cc3, et assumaient ce Fb4 en jouant e3 et Ce2 !

Mesurez la hauteur du niveau théorique exploré ici, c’est une position classique et techniquement parfaite des échecs : 1.c4 Cf6, 2.d4 e6, gambit dame refusé, 3.Cc3 Fb4, Nimzo-indienne, 4.e3 c5 variante Hübner, et 5.Cge2 signe la variation Rubinstein. Après 5…d5, 6.a3 Fxc3, 7.Cxc3 cxd4, 8.exd4 dxc4, 9.Fxc4 Cc6, 10.Fe3 00, 11.00 b6, 12.Dd3 Fb7, 13.Tad1 h6, 14.f3. La position ressemble à cela :

Ici, au quatorzième coup théorique, les noirs n’ont que deux options : 14….Ce7 pour Cfd5. Ou le plan 14….Tc8 Tc7 Td7 choisi par Stefan Djuric en 1983 contre Svetozar Gligoric qui finira vainqueur avec les blancs au 39e coup.

Conclusion et Bonus Alphazéro

Merci à tous et à toute de m’avoir lu, j’espère que cet article vous aura plu, nous n’iront pas commenter la partie la plus longue de l’histoire opposant Ivan Nikolic à Goran Arsovic en 269 coups, ou la célèbre finale de notre Grand-maître Laurent Fressinet contre Alexandra Kosteniuk, 3e partie la plus longue avec 237 coups.

Je vous laisse a votre curiosité. En revanche, en 2018, la plus longue partie lors du match entre les ordinateurs Alphazero et Stockfish, avait duré 256 coups et s’était terminée par une finale de tour nulle à la Philidor.

Après 1.d4 Cf6, 2.c4 e6, 3.Cf3 b6, 4.g3 Fb7, 5.Fg2 Fe7, 6.Cc3 Ce4, cette anti Ouest-Indienne est très forte. Notez par rapport aux deux premiers articles les relations entre ouest-indiennes et systèmes catalans pour les blancs. Nous avons évoqué tout à l’heure, voyez comme les échecs sont complexes lorsque l’on s’y perd … Bye ! Et Jouez un système !

Rédigé par notre rédacteur Gaëtan Espès, alias NeelaLoriansi de la Team63